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Organisation & pilotagePilier14 September 2026 · By Équipe ELEGG Finance · 12 min read

Gouvernance de trésorerie et de change : qui décide quoi, et comment le tracer

Le document que votre commissaire aux comptes finira par demander, et que la plupart des PME n'ont pas. Les six sections d'une politique de gestion des risques financiers, avec les formulations qui tiennent devant un auditeur.

Dans la majorité des PME et ETI que nous accompagnons, les décisions de change et de placement sont prises correctement — et ne sont écrites nulle part. Cela fonctionne jusqu'au jour où l'une de ces trois choses arrive : le commissaire aux comptes demande le référentiel, la personne qui décidait s'en va, ou une opération tourne mal et personne ne retrouve qui l'avait validée.

Ce que ce document sert vraiment

Une politique de trésorerie n'est pas un document de conformité. C'est un document d'efficacité : elle supprime les débats récurrents, accélère les décisions et protège celui qui les prend. La conformité n'en est que le bénéfice secondaire.

1. Le périmètre

Première section, la plus courte et la plus souvent bâclée. Elle énumère ce que la politique couvre : les entités concernées, les devises concernées, les instruments autorisés, les supports de placement autorisés. Tout ce qui n'y figure pas est interdit par défaut.

Cette formulation en liste fermée est ce qui protège réellement. Une politique qui énumère les instruments interdits sera toujours contournée par un produit non prévu ; une politique qui énumère les instruments autorisés ne l'est pas.

RubriqueFormulation recommandée
EntitésNommer chaque société du périmètre. Les autres sont hors politique et doivent en référer.
DevisesLister les devises autorisées. Toute opération dans une devise non listée requiert une autorisation expresse.
Instruments de changeListe fermée : change au comptant, contrat à terme, option vanille. Tout produit à barrière, à effet de levier ou à accumulation est exclu, sauf décision du comité.
Supports de placementListe fermée, avec pour chacun un plafond en montant et en part de la trésorerie totale.
La liste fermée est le mécanisme central : elle transforme l'absence de mention en interdiction.

2. Les objectifs, formulés de façon vérifiable

« Minimiser le risque de change » n'est pas un objectif : ce n'est pas vérifiable. Une formulation exploitable ressemble plutôt à : « garantir que le cours moyen réalisé sur l'exercice ne s'écarte pas de plus de 2 % du cours budget retenu ».

La différence est opérationnelle : le second énoncé permet de dire, à la clôture, si l'objectif a été atteint. Le premier ne permet aucune évaluation, donc aucune amélioration.

3. Les limites

C'est le cœur du document. Quatre familles de limites, chacune chiffrée.

  • Limites de couverture : les ratios par horizon et par nature de flux, avec leur bande de tolérance.
  • Limites de contrepartie : le montant maximum d'engagement par établissement, pour ne pas concentrer tout le risque sur une seule banque.
  • Limites de placement : le montant et la part maximum par support et par émetteur, avec la durée maximale d'immobilisation.
  • Limites d'instrument : le notionnel maximum par opération et le notionnel total autorisé en cours à tout instant.

La limite de contrepartie est la plus souvent absente, et c'est celle dont l'absence se remarque le jour où un établissement rencontre une difficulté. Un groupe qui a 100 % de ses couvertures et 100 % de sa trésorerie placée chez le même acteur porte une concentration qu'aucun comité n'a jamais validée explicitement.

4. Les délégations

Un tableau à trois colonnes — quel acte, qui décide, qui contrôle — vaut mieux que trois pages de prose.

OpérationDécideContrôleInformation
Change au comptant < 250 k€Responsable trésorerieDirecteur financier, revue mensuelle
Couverture à terme dans les limitesDirecteur financierComité financier, revue trimestrielleDirection générale, trimestriel
Sortie de la bande de toléranceDirecteur généralComité d'auditComité d'audit, à la clôture suivante
Produit hors liste autoriséeComité financierComité d'auditConseil, séance suivante
Placement > 12 mois ou > 1 M€Directeur généralComité financierConseil, séance suivante
Les montants sont indicatifs : ce qui compte est que chaque ligne existe et qu'aucune opération ne soit hors tableau.

Le test de qualité d'un tableau de délégation est simple : prenez les cinq dernières opérations réalisées et vérifiez que chacune entre dans une ligne. Celles qui n'y entrent pas révèlent les trous.

5. La séparation des fonctions

C'est l'exigence que soulèvent systématiquement les auditeurs et que les petites structures ont le plus de mal à satisfaire : la personne qui décide une opération ne devrait pas être celle qui la confirme à la banque ni celle qui la comptabilise.

Dans une équipe de deux ou trois personnes, la séparation complète est impossible. La réponse acceptable n'est pas de faire semblant, c'est de compenser par des contrôles a posteriori documentés :

  1. Un rapprochement mensuel entre les opérations enregistrées et les confirmations bancaires reçues, visé par une personne distincte de celle qui a traité.
  2. Une revue trimestrielle du portefeuille de positions par un tiers — expert-comptable, conseil externe, administrateur.
  3. Une double signature au-delà d'un seuil, mise en place directement dans les habilitations de la banque : c'est le contrôle le plus robuste, parce qu'il est exécuté par un tiers.

La double habilitation bancaire au-delà d'un seuil est le contrôle qui rassure le plus un auditeur pour l'effort le plus faible. Elle se demande à la banque et se met en place en quelques jours.

6. La revue et la traçabilité

Dernière section : qui relit la politique, à quelle fréquence, et où sont conservées les traces. Une politique non revue depuis quatre ans perd sa valeur probante, parce que l'auditeur constatera qu'elle ne décrit plus l'activité réelle.

  • Revue annuelle par le comité financier, validation formelle par le conseil ou la direction générale.
  • Conservation des confirmations bancaires, de la documentation de couverture et des procès-verbaux de comité dans un même dossier, accessible en une demande.
  • Journal des décisions : une ligne par opération significative, avec la date, le décideur, le montant et le motif. C'est ce journal que l'on présente en premier lors d'un audit.

Le format : une page, pas trente

Un document de trente pages ne sera pas lu, donc pas appliqué, donc sans valeur probante. Les politiques qui fonctionnent tiennent en une à trois pages : le périmètre en liste, les limites en tableau, les délégations en tableau, la revue en trois lignes. Tout ce qui dépasse relève d'annexes techniques, pas de la politique elle-même.

Faire relire votre politique par un tiers

Nous auditons les politiques de change et de trésorerie existantes et proposons les formulations qui tiennent devant un commissaire aux comptes.

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Frequently asked questions

The questions finance departments ask most often on this topic

Une PME a-t-elle vraiment besoin d'une politique de trésorerie écrite ?

Dès qu'elle réalise des opérations de couverture ou place de la trésorerie, oui — et pas d'abord pour l'auditeur. Sans document écrit, chaque décision se rediscute, la continuité repose sur une personne, et il n'existe aucun référentiel pour juger après coup si une opération était conforme à l'intention de l'entreprise.

Qui doit valider la politique de trésorerie ?

L'organe qui porte la responsabilité du risque : conseil d'administration, conseil de surveillance, ou direction générale dans une structure plus simple. Une politique validée par celui qui l'exécute n'apporte aucune garantie de contrôle, et c'est précisément ce qu'un auditeur relèvera.

Comment satisfaire la séparation des fonctions dans une petite équipe ?

Par des contrôles compensatoires documentés plutôt que par une séparation fictive : rapprochement mensuel visé par un tiers, revue trimestrielle externe, et surtout double habilitation bancaire au-delà d'un seuil. Cette dernière est le contrôle le plus solide car il est exécuté par la banque, indépendamment de l'organisation interne.

À quelle fréquence réviser la politique ?

Une revue annuelle formelle, et une révision immédiate à chaque changement significatif : nouvelle devise, nouvelle entité, nouveau type d'instrument, changement de dirigeant financier. Une politique qui ne décrit plus l'activité réelle perd toute valeur probante, même si elle a été correctement rédigée à l'origine.

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