Compte en devises : dans quels cas ouvrir un compte USD, GBP ou CNH
Ouvrir un compte en devise supprime des conversions, mais crée une position de change qu'il faut piloter. Le test en quatre questions pour savoir si c'est votre cas, et les règles de gestion à poser dès l'ouverture.
Un compte en devise n'est ni une optimisation systématique ni un gadget. C'est un outil qui résout un problème précis — les conversions inutiles — et qui en crée un autre — une position de change permanente. L'arbitrage se fait sur la structure de vos flux, pas sur le principe.
Le test en quatre questions
- 1Avez-vous des entrées ET des sorties dans la même devise ?
C'est la question déterminante. Si vous encaissez 2 millions de dollars et décaissez 1,4 million de dollars par an, un compte en dollars supprime 1,4 million de conversions aller-retour. Si vous n'avez que des entrées, l'intérêt tombe largement.
- 2Les montants justifient-ils les frais de tenue ?
Un compte en devise coûte des frais de tenue et parfois des frais de mouvement. En dessous de quelques centaines de milliers d'euros de flux annuels dans la devise, l'économie de conversion ne couvre pas toujours ces frais.
- 3Pouvez-vous supporter un solde en devise au bilan ?
Un solde en devise est réévalué à chaque clôture. Une variation de 5 % sur un solde moyen de 800 000 dollars produit un écart de conversion de 40 000 dollars en résultat financier. Ce n'est pas un problème si c'est anticipé ; c'en est un si c'est découvert en réunion de clôture.
- 4Avez-vous une règle de conversion écrite ?
Sans règle, le solde en devise devient une position spéculative dormante : on convertit quand on y pense, souvent quand le cours est mauvais, parce que c'est à ce moment-là qu'on y pense.
Deux réponses positives aux deux premières questions suffisent à ouvrir le compte. Les deux dernières ne conditionnent pas la décision : elles conditionnent la façon de gérer le compte une fois ouvert.
Ce que le compte fait gagner, chiffré
| Sans compte USD | Avec compte USD | |
|---|---|---|
| Encaissements 2 M USD | 2 conversions USD→EUR | Crédités en USD, aucune conversion |
| Décaissements 1,4 M USD | Conversions EUR→USD au fil des paiements | Payés depuis le solde, aucune conversion |
| Volume converti | 3,4 M USD | 0,6 M USD (le solde net) |
| Marge de change payée | Sur 3,4 M USD convertis | Sur 0,6 M USD convertis |
Les règles à poser dès l'ouverture
- Un solde cible : le montant en devise que vous acceptez de conserver en permanence, dimensionné sur les décaissements des prochaines semaines.
- Une bande de tolérance autour de ce solde : au-delà du plafond, on convertit l'excédent ; en dessous du plancher, on alimente. Les décisions deviennent mécaniques au lieu d'être discrétionnaires.
- Une fréquence de revue : hebdomadaire ou bimensuelle, alignée sur la mise à jour du prévisionnel de trésorerie.
- Un traitement de l'excédent durable : si le solde dépasse durablement le plafond, la question n'est plus la conversion mais le placement en devise.
Le cas du yuan : CNH plutôt que CNY
Pour la Chine, la question se double d'un choix de marché. Le yuan se traite sous deux formes : le CNY, onshore, soumis au contrôle des changes chinois, et le CNH, offshore, librement négociable depuis Hong Kong. Un compte en yuans ouvert en France est un compte en CNH.
Les deux cours ne sont pas identiques et peuvent diverger sensiblement en période de tension. Un fournisseur chinois qui facture en CNY et un compte alimenté en CNH créent un écart résiduel qu'il faut connaître avant de s'engager sur un prix.
Le point de vigilance comptable
Les soldes en devise sont convertis au cours de clôture, et l'écart passe en résultat financier — gain ou perte de change latente. Sur des soldes significatifs, cela introduit une volatilité dans le résultat qui n'a aucun rapport avec l'activité. Deux réponses existent : maintenir des soldes cibles bas, ou adosser le solde à une dette dans la même devise, ce qui neutralise l'écart au bilan.
Structurez vos flux par devise
Le diagnostic ELEGG cartographie vos entrées et sorties par devise et identifie les conversions évitables.
Cartographier mes fluxQuestions fréquentes
Les questions que posent le plus souvent les directions financières sur ce sujet
Une entreprise française peut-elle ouvrir un compte en dollars en France ?
Oui, sans formalité particulière. La plupart des banques françaises proposent des comptes en devises majeures, et les établissements de paiement spécialisés en proposent souvent une gamme plus large, incluant des devises secondaires que les banques traditionnelles ne couvrent pas.
Un compte en devise fait-il courir un risque de change supplémentaire ?
Il déplace le risque plutôt qu'il ne l'augmente. Sans compte en devise, chaque flux est converti à son arrivée, au cours du jour, subi. Avec un compte, le solde est exposé mais la conversion devient une décision datée. Le risque est plus visible, donc pilotable — à condition qu'une règle de solde cible existe.
Faut-il un compte par devise ou un compte multidevises ?
Les offres dites multidevises tiennent en réalité des sous-comptes par devise, ce qui est la bonne structure. Ce qui compte est que chaque devise ait son solde propre et son relevé : un affichage consolidé en euros, converti automatiquement, fait perdre l'information même dont on a besoin pour décider.
Peut-on placer le solde d'un compte en devise ?
Oui, via un dépôt à terme libellé dans la devise concernée, disponible chez la plupart des établissements sur les devises majeures. La rémunération suit les taux courts de cette devise, qui peuvent être supérieurs ou inférieurs aux taux en euros — c'est un élément à intégrer dans l'arbitrage entre conserver la devise et convertir.
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