Ratio de couverture : quelle part de votre exposition faut-il réellement couvrir ?
Couvrir 100 %, c'est se protéger d'un risque et en créer un autre. Une méthode en quatre paramètres pour fixer un ratio défendable devant sa direction générale, et une grille de ratios par horizon prête à reprendre.
« On couvre tout, comme ça on est tranquilles. » C'est la réponse la plus fréquente, et elle est rarement la bonne. Couvrir l'intégralité d'une exposition prévisionnelle ne supprime pas le risque : elle le déplace de la devise vers la prévision.
Pourquoi 100 % n'est pas la réponse par défaut
Un contrat à terme est un engagement ferme. Si vous couvrez 100 % d'un budget de ventes en dollars et que ces ventes se réalisent à 70 %, vous détenez une position à terme sur 30 % d'un flux qui n'existe pas. Le jour de l'échéance, vous devez livrer des dollars que vous n'avez pas encaissés : vous les achetez au comptant, au cours du jour, et vous découvrez que votre couverture est devenue un pari.
Une sur-couverture est une position spéculative qui ne dit pas son nom. Elle est traitée comme telle par un commissaire aux comptes, et elle sort du champ de la comptabilité de couverture.
Les quatre paramètres qui déterminent le ratio
- 1La certitude du flux
Contractuel et signé : le flux est quasi certain, un ratio élevé se justifie. Budgété sans commande : la fiabilité historique de vos budgets devient le plafond du ratio raisonnable.
- 2L'horizon
Votre capacité à prévoir décroît avec le temps. Le ratio doit décroître avec elle. Un ratio constant sur 12 mois traduit une prévision qu'on n'a pas.
- 3L'épaisseur de la marge
Une marge nette de 4 % est détruite par une variation de change de 5 %. Une marge de 30 % l'absorbe. Plus la marge est mince, plus le ratio doit être élevé et l'horizon long.
- 4La capacité à répercuter
Si votre contrat commercial contient une clause de révision de prix indexée sur le change, une partie du risque est déjà transférée au client. Le ratio financier peut être réduit d'autant.
Une grille de départ, à ajuster
| Horizon | Flux contractuel | Flux budgété fiable | Flux conditionnel |
|---|---|---|---|
| 0 – 3 mois | 90 – 100 % | 70 – 80 % | Option uniquement |
| 3 – 6 mois | 80 – 90 % | 50 – 70 % | Option uniquement |
| 6 – 12 mois | 60 – 80 % | 30 – 50 % | Non couvert |
| 12 – 24 mois | 40 – 60 % | 0 – 30 % | Non couvert |
Le cas des flux conditionnels
Un appel d'offres non attribué, une option commerciale, un contrat sous condition suspensive : ces flux ne supportent pas le contrat à terme. Ils appellent une option d'achat ou de vente, dont la perte maximale est bornée à la prime. Si l'affaire est perdue, vous perdez la prime — pas la totalité d'un écart de change sur un notionnel entier.
Comment le formuler dans une politique
Le ratio ne doit pas être un chiffre unique mais une bande. Exemple de rédaction : « Les flux contractuels à moins de six mois sont couverts entre 80 % et 95 %. Le directeur financier ajuste librement à l'intérieur de cette bande. Toute sortie de bande fait l'objet d'une information au comité d'audit à la clôture suivante. »
Cette formulation donne de la souplesse opérationnelle tout en fixant une limite auditable. C'est ce couple — latitude encadrée — que cherche un commissaire aux comptes.
Mesurez l'effet d'un ratio sur votre marge
Le simulateur d'exposition projette l'impact du change sur votre marge commerciale à 12 mois, calibré sur la volatilité de marché du jour.
Simuler mon expositionQuestions fréquentes
Les questions que posent le plus souvent les directions financières sur ce sujet
Un ratio de couverture peut-il dépasser 100 % ?
Techniquement oui, économiquement non. Au-delà de 100 % du flux sous-jacent, l'excédent est une position ouverte. Certaines politiques autorisent une tolérance courte (jusqu'à 105 %) pour absorber les arrondis de facturation, mais elle doit être écrite et bornée.
Comment justifier son ratio devant un commissaire aux comptes ?
Par un document écrit antérieur aux opérations, qui relie le ratio à la nature du flux et à son horizon, et par la trace des flux sous-jacents (carnet de commandes, budget validé). C'est l'antériorité de la documentation qui compte : un ratio justifié après coup n'ouvre pas droit à la comptabilité de couverture.
Faut-il un ratio différent par devise ?
Oui, lorsque les devises n'ont pas le même comportement ou le même coût de couverture. Une exposition en dollars et une exposition en livre turque n'appellent pas la même réponse : sur les devises à fort différentiel de taux, le coût du report rend la couverture longue très onéreuse et pousse vers des ratios plus courts.
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