ELEGG
Finance
Tous les dossiers
Organisation & pilotageDécryptage15 octobre 2026 · Par Équipe ELEGG Finance · 8 min de lecture

AI Act : ce qui change vraiment pour la direction financière et la trésorerie

Le règlement européen sur l'IA s'applique déjà en partie, et son calendrier a été décalé en 2026. Pour une direction financière qui utilise l'IA pour lire, prévoir et rédiger, les obligations sont plus légères qu'on ne le dit — à quelques exceptions près, qu'il faut connaître. Le point au 15 octobre 2026.

Le règlement européen sur l'intelligence artificielle — l'AI Act, règlement (UE) 2024/1689 — est entré en vigueur le 1er août 2024 et s'applique par étapes. Son calendrier a été modifié en 2026 par un règlement dit « omnibus numérique » (règlement (UE) 2026/1744), publié au Journal officiel de l'UE le 24 juillet 2026 et entré en vigueur le 27 juillet, qui a notamment reporté les obligations applicables aux systèmes à haut risque.

Pour une direction financière, l'essentiel tient en une phrase : la plupart des usages de l'IA en trésorerie ne sont pas à haut risque, mais l'entreprise reste tenue à quelques obligations générales, et certains usages voisins de la fonction finance — le recrutement, le crédit aux particuliers — sont classés à haut risque.

Portée de cet article

Cet article décrit le cadre en vigueur au 15 octobre 2026. Il ne constitue pas un avis juridique : la qualification d'un usage précis relève d'un juriste, et les lignes directrices de la Commission continuent de préciser l'application du texte.

Le calendrier, après l'omnibus

DateCe qui s'applique
2 février 2025Interdiction des pratiques d'IA jugées inacceptables ; obligation de maîtrise de l'IA pour les personnes qui utilisent les systèmes
2 août 2025Obligations des fournisseurs de modèles d'IA à usage général (les grands modèles de langage) ; gouvernance et régime de sanctions
2 août 2026Obligations de transparence (article 50) : informer qu'on échange avec une IA, signaler les contenus générés ou manipulés
2 décembre 2026Marquage des contenus générés, pour les systèmes mis sur le marché avant le 2 août 2026 (délai de grâce introduit par l'omnibus) ; nouvelles interdictions ajoutées par l'omnibus (images intimes non consenties, contenus pédocriminels)
2 décembre 2027Obligations des systèmes à haut risque de l'annexe III (emploi, crédit aux particuliers, etc.) — initialement prévues au 2 août 2026
2 août 2028Obligations des systèmes à haut risque intégrés à des produits réglementés (annexe I)
Sources : règlement (UE) 2024/1689 et règlement omnibus (UE) 2026/1744. Le report du haut risque est la principale modification pour les entreprises utilisatrices.

Fournisseur ou déployeur : la question qui fixe vos obligations

Le texte distingue celui qui développe un système d'IA et le met sur le marché — le fournisseur — de celui qui l'utilise dans le cadre de son activité — le déployeur. Une direction financière qui utilise un assistant du marché, un outil de prévision ou le module d'IA de son logiciel de trésorerie est déployeur.

Les obligations lourdes — documentation technique, évaluation de la conformité, marquage CE, gestion des risques — pèsent sur le fournisseur. Le déployeur a des obligations plus limitées, qui ne deviennent substantielles que si le système est à haut risque.

Une entreprise qui développe en interne un outil d'IA, qui modifie substantiellement un système à haut risque existant, ou qui en change la destination, peut devenir fournisseur au sens du texte (article 25). C'est le cas à surveiller si votre équipe construit ses propres outils.

Classer les usages de la fonction finance

UsageCatégorieCe que cela implique
Lire des term sheets, contrats, facturesRisque minimalPas d'obligation spécifique au-delà de la maîtrise de l'IA
Prévoir la trésorerie, classer les fluxRisque minimalIdem
Rédiger des notes internes, synthétiser l'actualité de marchéRisque minimalIdem
Détecter la fraude sur les paiementsExpressément exclue du haut risque lié au créditPas d'obligation de haut risque à ce titre
Assistant conversationnel ouvert aux clients ou fournisseursTransparence (article 50)L'interlocuteur doit savoir qu'il échange avec une IA : obligation de l'éditeur, à vérifier avant le déploiement
Note de marché générée par IA et publiée sur votre siteTransparence (article 50)Mention obligatoire, sauf relecture humaine sous responsabilité éditoriale
Trier des candidatures, évaluer les collaborateursHaut risque (emploi)Obligations du déployeur à partir du 2 décembre 2027
Évaluer la solvabilité de clients particuliersHaut risque (accès au crédit)Idem — concerne les entreprises qui financent des particuliers
L'annexe III ne vise que l'évaluation de la solvabilité des personnes physiques : l'analyse du risque de crédit d'entreprises clientes n'y figure pas.

Ce qui s'applique déjà à toute entreprise utilisatrice

La maîtrise de l'IA

Depuis le 2 février 2025, l'article 4 demande aux fournisseurs et aux déployeurs de prendre des mesures pour que les personnes qui utilisent des systèmes d'IA en aient une maîtrise suffisante. L'omnibus a reformulé cette exigence dans un sens plus souple — il s'agit de soutenir le développement de cette maîtrise — mais le principe demeure : une équipe qui utilise l'IA doit savoir ce qu'elle fait bien, ce qu'elle fait mal et comment en contrôler les résultats.

Pour une direction financière, cela se traduit simplement : une courte formation, une charte d'usage, et une trace des deux.

Les pratiques interdites

Elles concernent peu la fonction finance : manipulation, notation sociale, reconnaissance des émotions sur le lieu de travail… La dernière mérite pourtant l'attention : un outil qui prétendrait mesurer le stress ou l'émotion des collaborateurs, y compris dans un centre de services partagés, est interdit au travail, sauf raisons médicales ou de sécurité.

La transparence

Depuis le 2 août 2026, les systèmes qui dialoguent avec des personnes doivent être conçus pour que celles-ci sachent qu'elles échangent avec une IA, sauf si c'est évident. Cette obligation pèse sur le fournisseur : si vous achetez un assistant qui répond aux fournisseurs sur l'état de leurs paiements, vérifiez que l'éditeur l'a prévue ; si vous le développez vous-même, elle pèse sur vous.

Le déployeur a, lui, une obligation propre : signaler les hypertrucages (deepfakes) qu'il diffuse, et les textes générés par IA qu'il publie pour informer le public, sauf s'ils ont été relus par une personne qui en assume la responsabilité éditoriale. Une note de marché rédigée par IA et publiée telle quelle sur le site de l'entreprise entrerait dans ce cas.

Ce qui s'appliquera au haut risque à partir de décembre 2027

Si l'entreprise utilise un système à haut risque — typiquement un outil de présélection de candidats, y compris pour recruter dans l'équipe finance — ses obligations de déployeur seront les suivantes :

  • utiliser le système conformément à la notice du fournisseur ;
  • confier la surveillance humaine à des personnes compétentes, formées et disposant de l'autorité nécessaire ;
  • veiller à la pertinence des données d'entrée qu'elle maîtrise ;
  • surveiller le fonctionnement du système et signaler les incidents graves au fournisseur et aux autorités ;
  • conserver les journaux générés automatiquement pendant au moins six mois ;
  • informer les salariés et leurs représentants avant la mise en service d'un tel système sur le lieu de travail.

Les sanctions

Les amendes peuvent atteindre 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial pour les pratiques interdites, et 15 millions d'euros ou 3 % pour la plupart des autres manquements. Pour les PME, c'est le moins élevé des deux montants qui sert de plafond.

Le plan d'action en cinq étapes

  1. 1
    Inventorier

    Listez les outils d'IA utilisés dans la fonction finance, y compris les modules intégrés aux logiciels existants et les assistants utilisés à titre individuel. C'est souvent la surprise : les usages sont plus nombreux que prévu.

  2. 2
    Qualifier

    Pour chaque outil, déterminez si vous êtes fournisseur ou déployeur, et dans quelle catégorie de risque tombe l'usage. La grande majorité sera en risque minimal ; isolez les cas de haut risque et de transparence.

  3. 3
    Encadrer

    Rédigez une charte d'usage courte : outils autorisés, données qui peuvent y entrer, contrôles à appliquer aux résultats, personne responsable. Elle s'articule avec la politique de trésorerie et ses délégations.

  4. 4
    Former

    Organisez une session pour les personnes qui utilisent ces outils, et gardez-en la trace. C'est la réponse la plus directe à l'obligation de maîtrise de l'IA.

  5. 5
    Contractualiser

    Dans les contrats avec les éditeurs, vérifiez la réutilisation des données, le lieu d'hébergement et l'engagement de conformité du fournisseur. Pour un outil à haut risque, demandez la documentation que le texte l'oblige à fournir.

Ce que l'AI Act ne règle pas

Le texte encadre les systèmes d'IA ; il ne dit rien de la qualité de vos décisions de couverture. Une entreprise parfaitement conforme peut toujours décider sur la foi d'un cours inventé par un assistant. La protection reste celle de la gouvernance : des chiffres sourcés, des contrôles écrits et des décisions tracées. Le RGPD, lui, continue de s'appliquer à toute donnée personnelle traitée par ces outils.

Sources

  • Règlement (UE) 2024/1689 sur l'intelligence artificielle : article 4 (maîtrise de l'IA), article 5 (pratiques interdites), article 25 (déployeur devenant fournisseur), article 26 (obligations des déployeurs), article 50 (transparence), article 99 (sanctions), article 113 (dates d'application), annexe III (haut risque).
  • Règlement (UE) 2026/1744 dit « omnibus numérique sur l'IA », adopté le 8 juillet 2026, publié au JOUE le 24 juillet 2026, en vigueur le 27 juillet 2026 : report des obligations à haut risque, nouvelle rédaction de l'article 4, délai de grâce de l'article 111(4).

Une gouvernance de trésorerie qui tient compte de vos outils

Nous auditons les politiques de change et de trésorerie et proposons les formulations qui tiennent devant un commissaire aux comptes — y compris les règles d'usage des outils qui préparent vos décisions.

Demander une relecture
Ressource gratuite

Pas encore prêt à ouvrir le pricer ?

Recevez le modèle de politique de change en une page — ratios par horizon, bande de tolérance, tableau de délégations. Celui que votre commissaire aux comptes vous demandera.

  • Un seul champ
  • Désinscription en un clic
  • Aucune donnée revendue

Questions fréquentes

Les questions que posent le plus souvent les directions financières sur ce sujet

Quand l'AI Act s'applique-t-il aux entreprises ?

Par étapes : interdictions et maîtrise de l'IA depuis le 2 février 2025, transparence depuis le 2 août 2026, obligations des systèmes à haut risque de l'annexe III à partir du 2 décembre 2027 après le report décidé par le règlement omnibus (UE) 2026/1744, et 2 août 2028 pour l'IA intégrée à des produits réglementés.

Une PME qui utilise ChatGPT est-elle concernée par l'AI Act ?

Oui, comme déployeur, mais ses obligations sont limitées tant que l'usage n'est pas à haut risque : prendre des mesures pour que ses équipes maîtrisent l'outil, et signaler les textes générés qu'elle publierait sans relecture humaine. Les obligations portant sur le modèle lui-même, y compris l'information des utilisateurs qu'ils échangent avec une IA, pèsent sur son fournisseur.

La prévision de trésorerie par IA est-elle un système à haut risque ?

Non. Les usages à haut risque sont listés à l'annexe III du règlement — emploi, accès au crédit des particuliers, assurance santé et vie, notamment. La prévision de trésorerie, la lecture de documents ou la classification de flux n'y figurent pas.

Le report des obligations à haut risque est-il acquis ?

Oui : le report au 2 décembre 2027 pour l'annexe III et au 2 août 2028 pour l'annexe I résulte du règlement omnibus entré en vigueur le 27 juillet 2026. Ce délai supplémentaire est mieux employé à inventorier et qualifier ses usages qu'à attendre.

Quelles sanctions prévoit l'AI Act ?

Jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial pour les pratiques interdites, et jusqu'à 15 millions d'euros ou 3 % pour la plupart des autres manquements. Pour les PME, le plafond retenu est le moins élevé des deux montants.

À lire ensuite