Comment les banques fixent votre prix de change : algorithmes, marge et différence de traitement entre clients
Votre prix de change ne sort pas d'un écran de marché : il sort d'un moteur de cotation qui ajoute une marge, et cette marge varie d'un client à l'autre. Les données réglementaires européennes montrent un écart de plus de dix fois sur le même contrat. Ce que disent les études, ce que prévoit le code de conduite du marché, et ce qui fait baisser votre prix.
Le marché des changes est le plus grand marché financier du monde : 9 600 milliards de dollars s'y échangent chaque jour, selon l'enquête triennale de la Banque des règlements internationaux d'avril 2025. On pourrait en déduire qu'il existe un prix, le même pour tous. Ce n'est pas le cas.
Quand une entreprise demande une cotation à sa banque, le prix qu'elle reçoit est produit par un moteur de cotation propre à la banque, qui part du prix de marché et y ajoute une marge. Cette marge n'est ni publique, ni identique pour tous les clients — et le code de conduite du marché le reconnaît explicitement.
Ce qui se passe entre votre demande et votre prix
- 1Le prix de marché du moment
Le moteur de la banque part d'un cours moyen, entre le meilleur prix acheteur et le meilleur prix vendeur disponibles sur le marché interbancaire à cet instant.
- 2La marge
La banque y ajoute une marge, le « mark-up ». Le code de conduite du marché la définit comme la rémunération des risques pris, des coûts supportés et des services rendus à un client donné.
- 3L'ajustement au client
La marge varie selon l'opération, mais aussi selon la relation avec le client. Le code de conduite demande aux banques d'informer leurs clients que des clients différents peuvent obtenir des prix différents pour des opérations identiques ou similaires.
- 4L'appariement interne
Votre opération ne part pas forcément sur le marché. Selon la BRI, les banques apparient plus de 80 % des opérations de leurs clients dans leurs propres réserves de liquidité, en les compensant avec celles d'autres clients.
- 5Le dernier regard
Sur les plateformes électroniques, certaines banques se réservent un court délai pour accepter ou refuser une demande au prix affiché : c'est le « last look ». Le code de conduite l'encadre et interdit de s'en servir pour recueillir de l'information.
Rien de tout cela n'est caché ni illégitime en soi. Mais cela signifie que deux entreprises qui demandent le même terme, le même jour, à la même banque, peuvent recevoir deux prix différents.
Ce que mesurent les données : plus de dix fois plus cher pour le même contrat
Depuis le règlement européen EMIR, les banques déclarent leurs opérations sur dérivés à des référentiels centraux. Quatre économistes ont exploité ces données pour mesurer ce que paient réellement les entreprises non financières sur des contrats à terme EUR/USD : environ un demi-million d'opérations entre 204 banques et 10 062 entreprises clientes, d'avril 2016 à mars 2017.
| Ce qu'ils observent | Résultat |
|---|---|
| Écart au cours moyen payé par le quart des clients les mieux traités | moins de 2,5 points |
| Écart payé par le client au 75e centile | 30 points en moyenne |
| Qui paie le plus | Les clients les moins sophistiqués : moins de banques, moins de volume, moins de contrats |
| Ce qui supprime l'écart | Les plateformes où plusieurs banques cotent en même temps |
Pour fixer les idées : sur un terme EUR/USD d'un million d'euros, un point vaut 100 dollars. Trente points représentent 3 000 dollars ; 2,5 points, 250 dollars. Sur le même contrat, à conditions comparables, l'écart dépasse un facteur dix.
Le résultat le plus utile de l'étude est le dernier : sur les plateformes où le client interroge plusieurs banques à la fois, les écarts deviennent compétitifs quel que soit le profil du client. La différence de traitement tient à l'absence de mise en concurrence, pas à la taille de l'entreprise.
Ce que dit la règle du jeu
Le marché des changes n'a pas de bourse centrale ; ses pratiques sont encadrées par un code de bonne conduite, le FX Global Code, tenu par les banques centrales et les acteurs du marché au sein du Global Foreign Exchange Committee. Ce code ne crée pas d'obligation légale : il complète la réglementation en définissant les bonnes pratiques, auxquelles les banques adhèrent par une déclaration d'engagement.
Le mark-up appliqué aux opérations des clients par les acteurs de marché agissant pour leur propre compte doit être juste et raisonnable.
Le code ne s'arrête pas au principe. Ses exemples d'application distinguent deux situations :
- une banque qui facture à une entreprise une marge plus élevée qu'à d'autres de même taille, de même risque de crédit et de même relation, en profitant de son manque de connaissance pour contester le prix : ce n'est pas juste et raisonnable ;
- une banque qui facture des marges différentes à des entreprises comparables parce que le volume d'affaires qu'elles lui confient diffère : c'est admis.
Autrement dit, la différence de prix est admise quand elle reflète la relation, pas quand elle exploite l'ignorance du client. L'étude européenne montre que la frontière n'est pas toujours respectée.
Ce qui fait baisser votre prix
Les facteurs qui, dans les données, vont avec un meilleur prix sont des facteurs sur lesquels une entreprise peut agir :
- 1Mesurer
Comparer chaque prix obtenu au cours moyen du marché au même instant. Une banque qui sait que son client mesure ne lui fait pas le même prix qu'à un client qui ne mesure pas.
- 2Mettre en concurrence
Interroger plusieurs banques sur la même opération, en direct ou par une plateforme multibanques. C'est le facteur qui, dans les données européennes, fait disparaître la différence de traitement.
- 3Demander les informations prévues par le code
Le principe 14 prévoit que les banques publient des informations sur la façon dont elles déterminent leur marge. Demandez à la vôtre si elle adhère au code et où ces informations sont publiées.
- 4Négocier avec des chiffres
Une demande de révision appuyée sur des écarts mesurés, opération par opération, obtient une réponse chiffrée. Une demande de principe obtient une réponse de principe.
Sources
- Banque des règlements internationaux, enquête triennale 2025 : « Global FX trading hits $9.6 trillion per day in April 2025 », communiqué du 30 septembre 2025.
- Banque des règlements internationaux, « The FX trade execution landscape through the prism of the 2025 BIS Triennial Survey », BIS Quarterly Review, 8 décembre 2025 (appariement interne de plus de 80 % des opérations clients).
- Schrimpf, A. et Sushko, V. (2019), « FX trade execution: complex and highly fragmented », BIS Quarterly Review, décembre 2019.
- Hau, H., Hoffmann, P., Langfield, S. et Timmer, Y. (2017), « Discriminatory pricing of over-the-counter derivatives », ESRB Working Paper n° 61 ; publié dans Management Science, 2021, p. 6660-6677.
- Global Foreign Exchange Committee, FX Global Code, version de décembre 2024 : principe 14 (mark-up), principe 17 (last look), annexe 1 (exemples), avant-propos (portée non contraignante).
Mesurez l'écart sur une opération
Saisissez une opération ou déposez la confirmation de votre banque : le pricer la compare au prix de marché du même instant et affiche l'écart.
Mesurer une opérationPas encore prêt à ouvrir le pricer ?
Recevez le modèle de politique de change en une page — ratios par horizon, bande de tolérance, tableau de délégations. Celui que votre commissaire aux comptes vous demandera.
- Un seul champ
- Désinscription en un clic
- Aucune donnée revendue
Questions fréquentes
Les questions que posent le plus souvent les directions financières sur ce sujet
Comment une banque fixe-t-elle le prix de change d'une entreprise ?
Son moteur de cotation part du cours moyen du marché à l'instant de la demande et y ajoute une marge, le mark-up. Cette marge rémunère risques, coûts et services, et varie selon l'opération et la relation avec le client. Le FX Global Code demande aux banques d'informer leurs clients que des clients différents peuvent obtenir des prix différents pour des opérations similaires.
Ma banque peut-elle me faire un prix différent d'une autre entreprise ?
Oui, si la différence reflète la relation — le volume d'affaires notamment. Le FX Global Code juge en revanche injustifiée une marge plus élevée qui exploite le manque de connaissance d'un client. Une étude sur les données européennes EMIR montre des écarts de plus de dix fois entre clients sur des contrats à terme EUR/USD comparables.
Qu'est-ce que le last look ?
C'est un délai que se réserve un fournisseur de prix sur une plateforme électronique pour accepter ou refuser une demande au prix affiché. Le principe 17 du FX Global Code exige que son usage soit transparent et interdit de s'en servir pour recueillir de l'information sans intention de traiter.
Comment obtenir un meilleur prix de change ?
En mesurant chaque prix contre le cours moyen du marché au même instant, et surtout en mettant les banques en concurrence. Dans les données européennes, les opérations passées sur des plateformes où plusieurs banques cotent simultanément affichent des écarts compétitifs, quel que soit le profil du client.
À lire ensuite
Quel taux de change votre banque vous a-t-elle réellement appliqué ?
8 min de lecture
Votre banque est-elle chère sur le change ? Le test en dix minutes
7 min de lecture
Banque, courtier ou fintech de change : la grille de comparaison qui compte vraiment
11 min de lecture
Commission de change sur virement international : ce que votre banque facture vraiment
8 min de lecture
IA et risque de change : ce qu'elle fait bien, ce qu'elle fait mal, et où elle devient dangereuse
9 min de lecture