Trésorerie dormante : le calcul du coût, et le seuil à partir duquel il faut agir
Laisser 3 millions d'euros sur un compte courant non rémunéré n'est pas une décision neutre : c'est un coût annuel chiffrable, comparable à une charge d'exploitation. Comment le calculer, et où placer le curseur de la poche de sécurité.
Une trésorerie qui dort ne produit pas de perte comptable. Elle produit un manque à gagner, qui n'apparaît nulle part dans les comptes et n'est donc jamais discuté en comité. C'est la seule charge significative d'une direction financière qui ne figure sur aucune ligne du compte de résultat.
Le calcul, en trois lignes
Le chiffre à utiliser est la moyenne des soldes quotidiens, jamais le solde au dernier jour du mois. Un solde de clôture flatteur peut masquer une moyenne très inférieure — ou l'inverse, ce qui est plus fréquent lorsque les gros encaissements tombent en début de mois.
Découper la trésorerie en trois poches
La question n'est pas « faut-il tout placer » mais « quelle part est réellement immobilisable, et pour combien de temps ». La segmentation en trois poches répond directement à cette question.
| Poche | Fonction | Dimensionnement | Support |
|---|---|---|---|
| Exploitation | Absorber les décalages d'encaissement du mois | Pic de décaissement hebdomadaire × 1,5, lu dans le cash forecast | Compte courant, compte rémunéré |
| Précaution | Absorber un aléa : défaillance client, litige, retard de financement | 1 à 3 mois de décaissements fixes | Monétaire, liquidité quotidienne |
| Stable | Ce qui n'a aucune raison d'être mobilisé avant 12 mois | Le reste | Compte à terme échelonné, monétaire |
C'est le point de méthode le plus important : sans cash forecast, la poche d'exploitation est fixée « au feeling », et l'expérience montre qu'elle l'est très largement au-dessus du besoin. Le prévisionnel ne sert pas seulement à anticiper les difficultés, il sert à libérer de la trésorerie placée à tort en position d'attente.
Le cas particulier des devises
Un excédent durable sur un compte en dollars pose une question supplémentaire : le placer en dollars, ou le convertir. Les deux branches se comparent sur trois éléments — le taux de rémunération dans chaque devise, le coût de la conversion aller, et l'existence de décaissements futurs dans cette devise.
- S'il existe des décaissements futurs en dollars : conserver et placer en dollars est presque toujours préférable, puisque convertir puis reconvertir fait payer deux fois la marge de change.
- S'il n'en existe aucun : la conversion se justifie, et le moment de la conversion devient une décision de change à part entière, qui gagne à être encadrée par la politique plutôt que laissée à l'appréciation du jour.
Le seuil d'action
Un critère simple : si le manque à gagner net dépasse le coût complet du temps nécessaire pour y remédier, il faut agir. Pour une entreprise avec un excédent stable de 1 million d'euros, le manque à gagner net est de l'ordre de 15 000 euros par an — très au-dessus des quelques heures que demandent l'ouverture d'un compte à terme et la mise en place d'un échelonnement.
En dessous de 300 000 euros d'excédent stable, l'arbitrage devient discutable et dépend du coût de gestion interne. Au-dessus de 500 000 euros, l'inaction est une décision qui devrait être formellement assumée en comité, pas subie par défaut.
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Demander un diagnosticQuestions fréquentes
Les questions que posent le plus souvent les directions financières sur ce sujet
Combien faut-il laisser sur le compte courant d'une entreprise ?
Le montant se déduit du prévisionnel de trésorerie : le pic de décaissement hebdomadaire des prochaines semaines, majoré d'une marge de sécurité de l'ordre de 50 %. Tout ce qui dépasse durablement ce niveau relève d'une poche de précaution ou d'un placement. En l'absence de prévisionnel, ce montant est fixé arbitrairement, et il l'est presque toujours trop haut.
Un compte à terme bloque-t-il vraiment les fonds ?
La plupart des comptes à terme d'entreprise prévoient une sortie anticipée, moyennant une pénalité de rendement — le capital reste garanti mais les intérêts sont réduits ou annulés. L'échelonnement de plusieurs comptes à terme d'échéances différentes permet de conserver une porte de sortie régulière sans subir la pénalité.
Faut-il raisonner en rendement brut ou net d'impôt sur les sociétés ?
En net, toujours. Les produits financiers d'une société sont intégrés au résultat imposable : à 25 %, un rendement brut de 3 % ne laisse que 2,25 % dans l'entreprise. Comparer un placement à un coût de financement exprimé en brut, ou l'inverse, fausse systématiquement l'arbitrage.
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